Les psychologues de l’éducation face à l’évolution du métier : entre sentiment de disparition et crainte d’instrumentalisation

lundi 13 mai 2013
par  snu31
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Deux rencontres avec des psychologues de l’éducation nationale de la Haute-Garonne autour de la question : quelle évolution du métier de psychologues à l’école depuis ces dernières années et notamment depuis la loi de 2005, ont permis d’extraire les aspects dominants de cette évolution :

La médicalisation des discours et des pratiques au sein de l’école

La référence à la notion de « troubles » s’est accrue considérablement dans le discours de l’Ecole depuis une dizaine d’année. Troubles des apprentissages : de l’attention, du langage oral, du langage écrit, du calcul, mais aussi, plus récemment troubles des praxis viennent désigner, identifier et définir les obstacles que rencontrent des élèves dans les situations d’apprentissage auxquelles les confronte l’école.
Ces troubles sont répertoriés dans des classifications faisant autorité (DSM IV et bientôt V, CIM 10, CFTME, INSERM) qui, si elles présentent des différences dans leurs critères de classification, n’en sont pas moins référées au champ médical.
Le discours médical s’est ainsi insinué et progressivement imposé dans l’école ; en témoignent les discussions dans les salles des maîtres et de professeurs, dans les échanges avec les familles, dans les demandes de formation.
Les conséquences de cette évolution se lisent dans l’impossibilité désormais prégnante pour des psychologues de pouvoir penser et interroger la problématique d’un enfant : « Ça m’empêche de penser, ce discours médical. Surtout en étant seul. On ne peut pas penser et soutenir des choses qui puissent être entendues. Tous les rapports sont chiffrés et renvoient au « scientifique » alors que nos mots… ».
L’emprise du discours médical se manifeste également dans le désarroi exprimés ou vécu par de nombreux enseignants désormais disqualifiés dans leur fonction d’enseignement face à des enfants « malades » et pour lesquels ils se vivent comme incompétents.
Cette emprise se manifeste enfin par l’émergence d’un véritable marché des troubles des apprentissages que des officines privées se sont hâtées d’investir, produisant un véritable phénomène d’externalisation des aides aux élèves.

Une tendance à une « handicapalisation » des élèves

Les psychologues perçoivent les effets positifs de la loi de 2005 qui permet la scolarisation dans l’école de leur quartier d’enfants et d’adolescents autrefois rassemblés systématiquement dans des établissements prévus pour les élèves hors norme. Pour autant, l’augmentation du nombre d’élèves pour lesquels la scolarité motive une « situation de handicap » au regard de difficultés rencontrées dans les apprentissages n’est pas sans poser problème. Si l’adaptation des pratiques pédagogiques des enseignants à la diversité des élèves est le plus souvent souhaitable, la banalisation du signifiant « handicap » peut produire des effets de fixation, enfermant le sujet dans le mutisme de son symptôme. A côté des compensations parfois nécessaires attribuées par les commissions, les psychologues ont aujourd’hui de plus en plus de mal à maintenir ouvert un espace qui permette à un enfant et à ses parents de s’interroger sur ce qui leur arrive.

L’individualisation

PPRE, PPS, PAI, aide personnalisée : ces dispositifs mettent l’accent sur l’individu-élève, l’individualisation devenant la modalité privilégiée pour le traitement de la difficulté. Mais le sujet n’est pas l’individu et un dispositif ne garantit pas la prise en compte de sa parole. Le psychologue, avec les enseignants spécialisés du rased, doit contribuer de plus en plus à cette prise en compte qu’aucun protocole, en lui-même, ne peut garantir.

Entre disparition et instrumentalisation

Alors que les psychologues disparaissent peu à peu des textes officiels en même temps que les rased, l’administration sollicite de plus en plus souvent leurs interventions dans des situations dites de « gestions de conflits », « gestion de stress », ou autres « gestion de crises ». Dans le même sens, alors que le temps disponible pour le suivi d’enfant et l’accompagnement de familles disparaît sous la multiplication de réunions de mise en place de dispositifs, la commande de chiffrages de QI se fait de plus en plus pressante, émanant parfois même directement de médecins prescripteurs.
Dans ce contexte qui se caractérise depuis la dissolution des rased par l’isolement du psychologue, il devient difficile voire parfois impossible d’exercer son métier.

Les évolutions de ces dernières années modifient profondément la prise en compte et le traitement des situations-problèmes qui apparaissent dans le contexte scolaire. Les psychologues de l’éducation en voient leur métier transformé au point de s’interroger sur la place et la fonction qu’ils y occupent. Comment tenir une position qui maintienne une autre approche possible des obstacles rencontrés par les élèves que celles qui prévalent aujourd’hui et qui procèdent d’un discours scientiste ? Comment faire valoir une position qui soutient la parole d’un enfant contre des discours visant à rabattre tout problème manifesté en un trouble déterminé et déterminant ? Comment s’orienter et résister aux pressions dans un contexte d’isolement professionnel ?
Ces questions témoignent de la nécessité d’un cadre collectif afin de maintenir vivant le sens du métier.


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