RIS rythmes scolaires 4 et 5 février 2014 : essai de synthèse suite à l’intervention de Claire Leconte

samedi 15 mars 2014
par  snu31
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Présentation

Claire Leconte est professeur de psychologie de l’éducation. Elle a travaillé sur le rôle de l’enseignement dans le développement de l’enfant. Elle a créé le 1er certificat de maîtrise de psychologie de l’éducation (1985), ainsi que le centre de formation des psychologues de Lille.

Elle est professeur en chronobiologie, travaille sur la physiologie, la biologie. La psychologie ne suffit pas pour être chronobiologiste. Elle a travaillé en recherche fondamentale sur le rôle du sommeil sur les apprentissages.

Premières expériences

En modifiant l’environnement immédiat de bébés prématurés en provoquant des stimulations visuelles et auditives de façon à rythmer leurs journées, on a constaté qu’ils avaient beaucoup moins de troubles du sommeil que ce que les prématurés présentent généralement.

On a démontré ainsi le rôle de l’environnement sur le rythme veille-sommeil. Ce constat a posé des bases pour des projets expérimentaux dans les écoles.

Depuis 1980, il y a eu beaucoup d’expérimentations sur le rythme scolaire. Il y a eu les CATE (Contrats d’Aménagement des Temps de l’Enfant). Toutes ces expériences depuis 1983 avaient pour objectif d’aménager les temps de l’enfant et de faire un lien entre les différents temps de l’enfant. Tout était bien plus ambitieux que les réformes de ce jour.

A ce jour

Claire Leconte a beaucoup circulé dans les écoles, et a constaté de grandes disparités entre les écoles sur tout le territoire. Certains inspecteurs font des propositions d’externaliser certains contenus de la formation des enseignants. Quelle est la réelle volonté pour l’école publique ?

Beaucoup de rapports ont été rédigés, avec des propositions très précises, on sait ce qu’il faut faire et ne pas faire, on n’a rien à inventer à ce jour. Un rapport du CES (1980) expose 7 propositions concernant l’aménagement du temps scolaire (la journée, la semaine, le mois), dans le respect du rythme biologique de l’enfant. Mais ces rapports attendent dans les tiroirs du ministère.

La ’réforme des rythmes scolaires’ revient de façon cyclique, mais ce n’est pas une vraie réforme, c’est un vague aménagement qui vise en fait à diminuer le nombre de postes (Ex : 2 heures hebdo d’Aide Personnalisée remplacent 8000 postes de Rased).

Parler de rythmes scolaires, ça empêche de réfléchir plus globalement. (cf article publié en juin 2010 ’Comment surmédiatiser un problème mal posé pour mieux masquer la dégradation de l’école républicaine’).

De fait, s’occuper uniquement de l’emploi du temps scolaire, c’est insuffisant. Le décret de 2013 est le plus rigide depuis toujours. 2008 a inventé les 24 h sur 4 jours, éventuellement une 9e demi-journée. En 2013, ’semaine de 5 jours’ devient ’semaine de 9 demi-journées’. Ce qui est plus contraignant car cela exclut bon nombre d’organisations du temps scolaire (ex : 7 demi-journées sur 5 jours avec des matinées plus longues).

Par ailleurs, les évaluations PISA évaluent les élèves de 15 ans. Donc, en 2012, elles ont évalué des élèves qui ont travaillé en primaire avec les 4,5 jours hebdo et avec les programmes de 2002. Donc changer le nombre de jours de classe et les programmes ne suffit pas.

Attention au vocabulaire

Le rythme, c’est quelque chose qui se reproduit à l’identique avec une certaine périodicité. On peut donc le prévoir. A l’école, il faut parler de temps scolaire, pas de rythmes scolaires. Parce qu’à l’école, comme les connaissances évoluent, les enfants grandissent et changent, rien ne se répète à l’identique. Parler de ’rythmes scolaires’ est un non sens.

Rythmes biologiques

Les êtres vivants ont une horloge biologique (cf expériences ’hors du temps’).

Les rythmes biologiques sont génétiquement programmés, avec des différences interindividuelles qui apparaissent dès la 1re année de vie. Il est très difficile de le bousculer sans effet délétère.

Beaucoup de travaux sur ces thèmes ont été faits dans les années1960/1970

On peut relire Guy Verneuil, ’La fatigue à l’école’ 1963 (L’auteur souhaiterait l’intituler maintenant ’La fatigue de l’enfant’) et Alain Reinberg (’Les rythmes biologiques’), où il dit que pour respecter les rythmes de l’enfant, il faut bien les connaître. Et on ne nous l’a jamais appris. On se cale juste sur le rythme social, 24 h par jour.

Le temps de classe, c’est 864 h obligatoires chaque année. On pourrait décompter 72 h annuelles de récréation. Ça fait moins de 800 h.

Or dans une année, il y a 8760 heures. Donc la classe représente moins de 10% du temps de vie de l’enfant. Que fait-on des 90% autres ? Il faut une remise à plat l’ensemble des temps.

Pour permettre un développement harmonieux de l’enfant, il faut une continuité éducative entre les différents temps. Il ne suffit pas de les juxtaposer, il faut des objectifs en commun à décliner dans un cadre adapté.

La journée de 3h le matin, 3 h l’après-midi avec pause méridienne de 1h30 ou 2 heures, 5 jours par semaine, date de 1834. A ce moment-là, le jeudi était férié (il s’agissait de se nettoyer l’âme et le corps pour se préparer au vendredi, jour de maigre).

En 1969, on est passé à 27 h hebdo, avec la suppression du samedi après-midi de classe. Les matins devaient être consacrés à ce qui est coûteux pour les enfants, soit math et français. Il fallait faire 10 h de Français, 5 h de math, ça tombait bien, les 5 matinées faisaient15 h. Math et français seulement tous les matins ! Et tout le reste était secondaire.

Réaménager les temps de l’enfant devrait redonner toute leur importance à l’ensemble des matières.

Nos horloges

Nous avons de nombreuses horloges, la principale est un amas de cellules placées au dessus du croisement des 2 nerfs optiques, noyau suprachiasmatique. Elle guide les autres horloges biologiques. Respecter le rythme biologique, c’est respecter la synchronisation des horloges biologiques entre elles, car ces horloges ont la même périodicité.

Chez nous humains, il y a 3 catégories de rythmes : les rythmes circadiens, les rythmes infradiens, et les rythmes ultradiens.

Le rythme circadien (autour du jour) a une période de 20 à 25 heures selon les individus.

Prenons l’exemple de 4 horloges circadiennes qui doivent être synchronisées.

La 1re, c’est le rythme veille/sommeil, avec l’idée qu’il y a interdépendance entre la qualité du sommeil et celle du temps de veille

C’est une succession d’états physiologiques, qui vont du sommeil profond à la surexcitation, états qui se succèdent tout au long des 24 h. Un de ces états est est la vigilance physiologique, état dont on a besoin pour être attentif.

Deuxième horloge circadienne : la température centrale (elle s’élève 1 heure avant le réveil spontané, plateau qui perdure toute la journée, sauf baisse pendant le creux méridien, ainsi que la vigilance, puis remonte, et baisse à nouveau dans la soirée, on a froid, c’est l’heure de se coucher. Ces moments sont réguliers, on peut donc les prévoir).

Troisième horloge circadienne : la production de cortisol, hormone du stress (le pic de production provoque l’éveil, il y a baisse au moment du creux méridien, et la baisse continue jusqu’au lendemain matin, avec un creux en milieu de nuit).

Quatrième horloge circadienne : la production de mélatonine (c’est l’hormone du sommeil, sa production s’interrompt au réveil spontané, et reprend le soir pour provoquer l’endormissement).
Trop de lumière empêche la sécrétion de mélatonine, donc pas d’écran le soir avant le coucher, sinon l’horloge biologique est trompée et n’envoie pas le message de production de mélatonine.
Pour bien se réveiller et s’endormir, il faut que ces cycles soient synchronisés. Les irrégularités sont délétères pour les enfants.

La "baisse" du début d’après-midi ne dépend pas du repas, mais de ces horloges. Il faut aménager une sieste juste après le repas (avec des différences individuelles à respecter). Il faut apprendre à l’enfant à se reposer quand il est fatigué.

Le rythme infradien Horloges plus longues que 24 h.
Exemple : les menstruations. La période est régulière, propre à chaque femme. Elles peuvent agir sur la fatigue et l’humeur, ça peut commencer dès le CM2. Expliquer aux petites filles que ces changements sont naturels.
Autre exemple : horloge annuelle. L’hiver, la production de cortisol est au plus bas, la lumière est basse, les jours sont courts, il peut y avoir dépression saisonnière. Le système immunitaire est plus fragile. Les enfants doivent bénéficier d’ un maximum de lumière l’hiver, sauf le soir. Il faudrait davantage de vacances dans cette période, ne pas demander à nos élèves de faire un effort particulier. C’est pour ça que le 7/2 ne va pas (7 semaines d’école, 2 de vacances). Il date de 1980. Ça avait du sens à l’époque, mais on a découvert d’autres choses depuis. Il n’est pas adapté parce que ça ne tient pas compte des saisons. On pensait qu’il faut 2 semaines pour se reposer, mais ça dépend de ce que les enfants font pendant ces 2 semaines. Il faudrait une 3e semaine à Noël, pour retrouver un rythme normal après les fêtes, et donc reprendre dans de meilleures conditions. De même en mai, tous les ponts font un emploi du temps très irrégulier. Il vaudrait mieux répartir les 2 semaines de vacances séparément sur les semaines des ponts.
Quant à reprendre 2 semaines sur les vacances d’été, c’est un moment de pleine forme, le cortisol au plus haut niveau. Mais alors, on réduit chaque semaine le nombre d’heures de classe (réparties sur 38 semaines de classe), ça pose le problème de la prise en charge des enfants hors temps de classe. Par ailleurs, si on supprime 2 semaines à des lycéens qui travaillent pendant un mois l’été, ça ne leur fait plus que 15 jours de vacances, ce qui est peu.

Le rythme ultradien
Ce sont les battements du cœur, le plus ancien des rythmes dans la formation du fœtus. Tout changement dans le rythme cardiaque signifie qu’il y a effort physique ou intellectuel.
Par exemple, au restaurant scolaire, le bruit de fond est élevé (l’équivalent d’une locomotive), les enfants sont stressés. À la sortie, l’enfant n’est plus en état de vigilance physiologique, mais d’émotion physiologique. Et dans la cour, ils passent à l’état de surexcitation physiologique. C’est le creux méridien, milieu du rythme circadien. Tout baisse : la vigilance, la température et la production de cortisol. Ce n’est pas à cause de la digestion, mais c’est lié à l’heure (aggravé par un repas trop lourds, ou par la chaleur). Il faut donc aménager cette période, dans le restaurant scolaire (adapter l’espace, former les personnels) et prévoir un temps de repos dès la fin du repas. Leur repos se cale sur le creux méridien. La sieste qui compense une nuit trop courte n’a pas sa place là, il faut alors alerter les parents.
Chaque enfant construit son rythme dès la 1re années de vie. Proposer la sieste aux gros dormeurs, pas aux petits dormeurs. Ce n’est pas en fonction de l’âge.
Les enfants de l’élémentaire doivent bénéficier d’un temps à ne rien faire après le repas, ou relaxation, ce sont des activités à part entière.
Apprendre aux enfants à se détendre, pour qu’ils puissent profiter de la récréation.

Il faut aménager des espaces de jeux dans la cour, et apprendre aux enfants à les utiliser.
En début de journée, il faut accueillir les enfants dans les classes, pas dans la cour. Ça permet un contact de chaque enfant avec le maître, puis ça lui laisse le temps de s’installer tranquillement.

Il faut parler aux parents de l’horloge du sommeil. Le sommeil, c’est fragile et complexe. Il a une double rythmicité. Une rythmicité ultradienne, cycles de 90 min qui finissent chacun par un moment de sommeil paradoxal. Les contenus de début de nuit ne sont pas les mêmes que les contenus de fin de nuit, c’est la rythmicité circadienne. En début de nuit, cycle de sommeil lié à l’endormissement (mélatonine, se recharge avec la lumière).
Le début de nuit est chargé en sommeil profond et très profond, qui est important pour récupérer de la fatigue physique et musculaire, pour la production de l’hormone de croissance, la régénération du système immunitaire et de la peau.
Après 90 min, on entre dans la phase de sommeil paradoxal, qui est indispensable à l’intégration des nouvelles choses (c’est pourquoi il faut réviser le soir), on les met dans la mémoire à long terme. Ce sommeil est très court pendant le 1er cycle, et de plus en plus long au fur et à mesure que la nuit avance. Le réveil sonne souvent en plein sommeil paradoxal.
Si on décale l’heure du coucher, les phases ne se décalent pas automatiquement, mais les horloges restent calées sur les horaires habituels (la température met 8 jours à se décaler, les hormones 3 semaines).
Une grasse matinée isolée ne repose pas vraiment. En fait, la désynchronisation ainsi induite peut donner des maux de tête.
Un enfant qu’on couche plus tard un ou plusieurs soirs est en désynchronisation interne. Et il a beaucoup de mal à se mettre en route
Il faut une régularité veille sommeil, c’est le plus fondamental

Horaires de classe

Toutes ces connaissances sur ces horloges nous indiquent que le matin n’est pas équivalent à l’après midi. La matinée est le moment de plus grande disponibilité des enfants, de grande clarté mentale.
Il faut donc le plus matinées de classe possible, les plus longues possible, avec alternance d’activités. Activités qui font appel au raisonnement, à la motricité, à la créativité. Ça maintient la disponibilité des enfants et leur motivation, en mettant en évidence les liens entre les matières.
Une longue matinée permet de ne pas bousculer les enfants, de les laisser aller au bout de leur projet, y compris un projet personnel pendant le temps d’accueil (en particulier en maternelle). 2 pauses dans la matinée, dont l’une où les enfants mangent un fruit. Un petit déjeuner est proposé aux enfants qui arrivent tôt.

Une expérimentation est en cours à Lille depuis 1997. Le décret de 2008 a imposé de modifier les horaires (auparavant, 6 matinées de 4 h chacune). Pour ne pas émietter les temps, les horaires comprennent désormais 5 matinées de 4 heures et 2 après-midi de 2 heures chacun. L’après-midi, ce sont des activités à faire en petits groupes (jeux de math, jeux d’expression orale, mise en pratique de ce qui a été appris le matin).
Les 2 autres après-midis sont en parcours éducatifs, en lien avec les apprentissages, avec des objectifs à atteindre. L’enfant voit que ce qu’il apprend à l’école sert à l’extérieur. Pendant ce temps, les enseignants sont en concertation.
Par ailleurs, l’ensemble des adultes se retrouve chaque trimestre en réunion pour faire le point. Ce projet, hors cadre, hors la loi, fonctionne depuis 17 ans.

Pour poursuivre la réflexion, voir le blog de Claire Leconte http://www.claireleconte.com/blog/

Écouter des extraits de la conférence


Documents joints

Qui est Claire Leconte ?
Qui est Claire Leconte ?
De fortes disparités d'une école à l'autre
De fortes disparités d'une école à l'autre
Etre chronobiologiste
Etre chronobiologiste
Expériences sur le terrain
Expériences sur le terrain
2013, rien de nouveau
2013, rien de nouveau
Ne disons plus "rythmes scolaires" (...)
Ne disons plus "rythmes scolaires" (...)
Des travaux de recherche aux rythmes scolaires
Des travaux de recherche aux rythmes scolaires
Penser et aménager les temps de l'enfant
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Profiter de la matinée
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