Les psychologues scolaires écrivent au DASEN de Haute Garonne

vendredi 6 mars 2015
par  snu31
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En préambule, il est important pour nous de rappeler que, la disparition des antennes RASED, par la suppression en 2012 des 123 postes d’enseignants spécialisés options E et G, ne permet plus un réel travail d’équipe associant les enseignants spécialisés, les psychologues, les enseignants et les familles. Ce travail d’équipe permettait de penser la grande difficulté dans toute sa complexité et d’y apporter un traitement satisfaisant au sein de l’institution scolaire. L’école s’est appauvrie de ces ressources internes, et ce sont des milliers d’élèves extrêmement fragiles, qui, dans notre département, n’ont plus l’aide spécialisée à laquelle ils ont droit.

Les psychologues de la Haute Garonne vous alertent, pour la troisième année, sur la situation de plus en plus dégradée de leurs conditions d’exercice et sur leurs difficultés croissantes à remplir correctement et à la hauteur des besoins, toutes leurs missions dans toutes les écoles du département.

Les "causes" de cette réalité qui créent malaise et souffrance au travail sont tout à fait identifiées :

  • l’augmentation des effectifs élèves par psychologue ; l’évolution démographique que connaît notre département depuis plusieurs années n’a pas été compensée par la création de postes de psychologues (79 postes en 2010-11, 79 postes en 2014-2015). La détérioration du ratio élèves /psychologue ne cesse de s’accroître, et ce malgré la réouverture l’an passé des 2 postes fermés en 2012.
  • les besoins criants des élèves en difficulté persistantes et le malaise des équipes enseignantes à y faire face seul, dans un contexte de multiplication de situations familiales touchées par une grande précarité dans les divers territoires du département. Les mutations de notre société, en situation de crise économique et de démantèlement de ses valeurs, se répercutent sur l’école en termes de difficultés d’apprentissages, comportementales, situations d’urgence, perte du sens de l’école... Le psychologue est de plus en plus sollicité et mobilisé sur ces situations d’urgence, de crise, de conflits...qui génèrent de plus en plus de souffrance scolaire.
  • La suppression, des 123 postes d’enseignants spécialisés des antennes RASED de proximité a impacté fortement nos missions, en complexifiant et en augmentant considérablement notre charge de travail, avec un transfert des demandes qui relèveraient d’une prise en charge spécialisée E ou G, vers le psychologue, une demande qui nous mobilise auprès des équipes, sans que nous puissions y répondre par des prises en charge adaptées tant au niveau des remédiations que des préventions.
  • La mobilisation du psychologue pour accompagner les situations d’élèves en situation de handicap est très importante (40 à 60 % du temps). Une augmentation des PPS qui tient aussi à l’impossibilité de prévenir et remédier aux difficultés persistantes au sein même de l’école. Les demandes d’évaluation pour des élèves relevant d’un projet personnalisé de scolarisation sont croissantes.
  • Le non remplacement de nos collègues en maladie, vient augmenter les effectifs des secteurs des psychologues voisins, déjà trop lourds ; certains départements ont fait le choix d’un poste de psychologue volant pour permettre une réelle continuité du service.
  • A ces réalités viennent s’ajouter des conditions matérielles toujours problématiques, avec le non remboursement de la totalité des frais de déplacements que nous engageons chaque année, le manque de matériel tel que ligne téléphonique, ordinateur pour certains d’entre nous.

Par ailleurs, la saturation des services extérieurs partenaires, CMP, CMPI, avec des délais d’attentes de 9 à 12 mois pour un premier RDV, engendre une aggravation des problématiques de ces enfants en attente de soins, et génère de plus en plus de situations de « crise » dans les classes, entraînant souffrance pour les élèves et les personnels. Il en est de même pour tous ces élèves en attente d’une place en établissement du médico-social ou du sanitaire, et qui sont affectés par défaut en CLIS, d’où la multiplication de situations extrêmement tendues dans certaines CLIS.

L’augmentation de ces délais d’attentes pour les CMP, CMPI est à mettre en lien avec la disparition du travail qui était réalisé en amont par les équipes RASED, « pré-diagnostic », orientation de l’indication de consultation, prises en charges spécialisées et prévention. Les élèves ne pouvant plus bénéficier de ces interventions, les familles se tournent vers les CMP, CMPI, mais aussi vers les orthophonistes libérales, créant une demande supplémentaire, engorgeant ces structures et pénalisant les enfants qui relèvent effectivement de soins. Le redécoupage des circonscriptions toulousaines de 2010 et le remaillage départemental réalisé en 2012 n’ont apporté aucune réponse à ces problématiques de surcharge de travail.

Ces réorganisations ont eu pour conséquence la disparition d’une couverture spécifique des secteurs d’éducation prioritaire par les psychologues en diluant les moyens pour ces territoires par un élargissement important des secteurs d’intervention ZEP/hors ZEP pour Toulouse (redécoupage de 2010). D’autre part cela a détérioré des secteurs du département qui fonctionnaient de façon satisfaisante (remaillage de 2012).

Pour conclure, le sentiment que provoque le fait de ne pas pouvoir remplir nos missions de manière acceptable, de ne plus avoir le temps d’un travail d’élaboration indispensable à l’exercice de notre métier, d’être amené trop régulièrement à ne pouvoir répondre aux demandes d’enseignants, d’élèves, de familles, en difficulté, génère, au delà d’une mise à mal déontologique et éthique, un véritable mal-être et de la souffrance dans notre travail. La mise en œuvre d’une grande part de nos missions nécessite disponibilité, recul et temps d’élaboration.

Aussi, un rattrapage départemental devient de plus en plus urgent, nous vous demandons l’ouverture de 7 postes de psychologues. Cela permettrait de revenir au ratio de 1355 élèves par psychologue (ratio des années 2010-2011). Il nous semble également urgent qu’une programmation pluriannuelle de postes option E et G soit envisagée, afin de permettre une réelle mise en œuvre de la nouvelle circulaire RASED du 28/08/2014.

Nous vous sollicitons également pour une audience, afin de vous exposer de façon plus étayée nos réalités et les situations extrêmement tendues de certains secteurs du département.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Directeur Académique, en notre profond attachement à un Service Publique d’Éducation et d’Inclusion de qualité, au service des élèves les plus fragiles.

Les psychologues de l’Éducation Nationale de la Haute Garonne


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