CAPD 2/10/18 part4 : Les évaluations

mardi 2 octobre 2018
par  snu31
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CAPD 2/10/18 part4 : Les évaluations

Les évaluations

La rentrée, c’est enfin ces fameuses évaluations… Le SNUipp FSU appelle les collègues à ne pas saisir les résultats. Le ministère se veut et s’affiche rassurant et bienveillant, et vous aussi Mme la Directrice Académique... Et pourtant, de l’aveu même du ministre, dans les journaux et dans ses ouvrages, se met en place un système déjà utilisé aux États-Unis dans les années 60 : publications des résultats, salaires aux résultats, financement des établissements aux résultats, exécutions des prescriptions par les enseignants… tout cela a tellement mal marché que tout a été retiré. Pour gagner plus, les enseignants et les établissements trichaient, le bachotage mécanique suppléait l‘enseignement, et les enseignants exécutaient… Même chose en Angleterre. Mais cela n’arrivera pas chez nous, sauf si c’est un certain JMB qui est aux manettes…

On prétexte les énormes progrès de la science. L’imagerie cérébrale, qui serait capable de tout. De tout ? Capable de détecter tous les facteurs subjectifs nécessaires aux apprentissages, de détecter tout ce qui fait que les élèves sont des personnes en constante évolution et non pas des robots … vous y croyez vraiment ?

Cette science a tellement progressé, qu’elle a abouti à une découverte majeure qui va révolutionner l’école : une nouvelle et infaillible méthode pour l’apprentissage de la lecture : la méthode « papa pipi popo ». Bon, elle ressemble beaucoup à celle qu’on utilisait il y a 50, 60, 70 ans quand la majorité des élèves s’arrêtait au Certificat d’études et qu’on leur demandait juste de savoir déchiffrer quelques ordres et consignes alors que les quelques autres, l’élite, poursuivaient leurs études, pour leur prescrire justement ordres et consignes… c’est ce qu’on appelle le tri social ... Bravo donc les neurosciences. Et tout ce qui a été fait depuis, tous les apports des chercheurs et des sociologues sont à jeter à la poubelle… ou au popo...

Dignité disions-nous toute à l’heure, dignité de ces premier·es enseignant-·s résistant·es de REP+ ou d’ailleurs. Croyez-vous vraiment qu’être un·e bon·ne enseignant·e, c’est de faire passer les évaluations à la lettre, dans toute la rigidité de leur protocole, quitte à mettre ses élèves en échec, parfois en souffrance ? Beaucoup d’entre elles et d’entre eux se sont sentis obligés d’adapter sans pourtant le déclarer.... Est-ce à cela que sera jugée « la valeur professionnelle » d’un·e enseignant·e, son accélération dans la grille ou son passage à la Hors Classe ? Prenez plutôt le temps de lire les courriers des équipes, les témoignages de leur quotidien et de celui de leurs élèves et vous y trouverez l’engagement de nos collègues auprès de leurs élèves et l’expertise de professionnels qui refusent d’être de simples exécutant·es. Croyez-vous que c’est en multipliant contrôles, pressions et menaces que vous ferez vivre l’école de la confiance ? A l’inverse, nous vous demandons de renouer un véritable dialogue ouvert avec les équipes. Ouvert sur la réflexion et l’intelligence, ouvert sur la capacité d’expertise et de conception de nos collègues... ouvert sur des perspectives de formation à construire ensemble... Nous le savons, et vous le savez, toutes les politiques éducatives ne se valent pas. Elles sont porteuses d’un projet pour l’école, pour les élèves et le service public d’éducation. Il y a bien sûr la question des moyens qu’un pays consacre à l’éducation et de ce point de vue, la France est très en retard dans le 1er degré. Mais il y a aussi une vision de l’école qui est portée au travers de réformes structurelles, de contenus à enseigner, de conception de l’apprentissage. Rien n’est neutre. L’idéologie véhiculée par ce ministère dans son projet éducatif (pilotage par l’évaluation, individualisation des parcours et des apprentissages, resserrement sur les fondamentaux, externalisation de la difficulté scolaire, dépossession des enseignant·es) conduira à une augmentation des inégalités scolaires et du poids des déterminismes sociaux dans la réussite scolaire. En tant que citoyens, en tant qu’enseignants et pédagogues, en tant que délégué·es du personnel, Il est de notre responsabilité, de dénoncer un tel projet. C’est le sens de notre consigne de non saisie des résultats des évaluations. Pour le SNUipp-FSU, ce projet est porteur de régressions importantes pour notre système éducatif, les élèves et les enseignant·es et nous continuerons à les combattre. Ces choix politiques, car ce sont des choix, dessinent les contours d’une école libérale assumée qui tourne le dos à la démocratisation du système scolaire. Ce n’est pas de cette école que nous voulons, mais celle de l’égalité réelle entre tou·tes les élèves, celle de la réussite de tou·tes, celle de l’émancipation.

Le SNUipp rappelle que la liberté pédagogique est une nécessité démocratique, inscrite dans le projet de Condorcet dès la Révolution Française, nécessité pour une indépendance du savoir et de sa transmission par rapport à l’autorité politique. Nécessité en terme d’efficacité dans la mesure où l’enseignement ne peut être une application à la lettre de prescriptions, ignorantes des contingences et imprévus des situations d’apprentissage. L’enseignant est nécessairement concepteur de son travail, faisant en permanence des choix face à des situations qui n’ont pu être toutes modélisées. Nécessité pragmatique enfin : l’enseignant étant seul dans sa classe, l’institution doit lui faire confiance dans l’exercice de ses missions.

Nous rappelons d’autant plus cela que les IEN se lancent dans une vaste tournée des CP et que les opinions des IEN ne peuvent se transformer en injonctions ! A tout cela nous résistons, et nous en sommes ravis...


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