Décla (des colibris) du Conseil de Formation

jeudi 14 novembre 2019
par  snu31
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Madame la Directrice Académique, Mesdames et messieurs les membres du conseil de formation,

« N’ayons pas peur des mots », nous vivons un moment historique nous dit notre ministre dans la presse.

En deux ans seulement, et ce grâce à une prescription scientifiquement étayée par les neurosciences, des évaluations standardisées, une dose de Guide Orange, des injonctions qui pleuvent, 18h d’animations pédagogiques descendantes centrées sur les fondamentaux, voici ce grand malade du 1er degré enfin ressuscité.

Qu’importe le prix, liberté pédagogique bafouée, mise au pas des pratiques, professionnalité attaquée, instrumentalisation de la recherche, réduction des savoirs…

Car ce qui compte, c’est que le niveau des élèves remonte affirme JM Blanquer. Les évaluations nationales 2019 viennent de nous le prouver. C’est une réussite ! Et en plus d’avoir atteint, enfin, le pari de la réussite des élèves, les bénéfices de la mesure de dédoublement des classes en REP+ rejaillissent sur toutes et tous. C’est une belle démonstration de la théorie du ruissellement. Et une belle mesure de justice sociale nous dit notre ministre !

JM Blanquer remercie ses petits colibris, oui c’est comme ça qu’il nous appelle, pour cet engagement collectif…

Et tant pis si les données fournies par la DEPP à propos des élèves à la rentrée du CE1 montre l’échec de sa politique de dédoublement des CP en REP+. On fera semblant de ne pas avoir vu…

L’évaluation, composante importante des pratiques pédagogiques des enseignant-es n’a d’intérêt pour la réussite des élèves que si elle est pensée avec les enseignants de l’école, en cohérence avec le travail mené par chacun-e. Les évaluations nationales, en plus d’évaluer ce qui n’est pas enseigné, dépossédent les professionnels de toute analyse, qui est confiée à un logiciel !

Alors quand le ministre utilise les résultats pour communiquer dans la presse, pour s’auto satisfaire des ses réformes largement rejetées par la profession, cela s’appelle de la propagande. Tout comme quand il avait, l’an dernier, rendu publics les résultats avant même la fin de leur saisie par les enseignant-es.

Pilotage par les évaluations, vous avez dit non ?

Il est vrai que notre ministre connaît les bonnes formules… faisons-lui confiance, petits colibris que nous sommes. Rappelons juste que les élèves ayant passé les tests PISA de 2015 sont précisément ceux qui ont « subi » les programmes de 2008 recentrés sur les fondamentaux. Qui ont été mis en œuvre en 2009 par le DGESCO de l’époque, à savoir, un certain... Jean-Michel Blanquer.

Le plan de formation 2019-2020 a été publié cette année dans des délais plus corrects permettant aux collègues de s’organiser et sans la longue liste de toutes les animations pédagogiques qui ne relèvent pas de la formation continue, c’était notre demande.

Mais comme les années précédentes, l’offre de formation à candidature individuelle, seule formation véritablement choisie par les collègues, reste peau de chagrin, allant de quelques heures à 2 jours, empêchant toute prise de recul et réflexion approfondie sur les problématiques de métier. Mais après tout, c’est très cohérent avec un ministre qui cherche à faire de nous de simples exécutant-es. Pour mettre en œuvre des guides des bonnes pratiques et appliquer des protocoles, pas besoin de mise à distance, d’approfondissements, pas besoin d’apports théoriques en lien avec la recherche (et toute la recherche pas seulement « l’officielle »), ni de temps de travail et d’échanges.

Quant aux animations pédagogiques, centrées exclusivement sur les fondamentaux, elles sont mises au service de la promotion des réformes ministérielles relevant le plus souvent du formatage. On est bien loin d’une formation continue prenant en compte les besoins et les demandes des professionnels de terrain comme le prévoit la circulaire du 29/09/2019.

Pour le SNUipp-FSU, la formation continue doit contribuer à la lutte contre les inégalités sociales et territoriales en matière de réussite scolaire. Elle ne peut en aucun cas se confondre avec l’accompagnement des réformes relevant le plus souvent du formatage. La centration des actions de formation sur l’explicitation des réformes tend à substituer l’exigence de conformité aux injonctions plutôt que l’exigence de compétences didactiques et pédagogiques qui est le levier majeur de la démocratisation de la réussite. Sur le terrain, se généralise la « protocolisation » ; à l’opposé, nous revendiquons le renforcement des compétences professionnelles, et donc le sentiment de légitimité des collègues.

Sur le plan des contenus, la centration sur « les fondamentaux » ne permet pas un enseignement satisfaisant de l’ensemble des programmes ; compromettant ainsi la démocratisation de la réussite.

Quant aux moyens dont le département dispose pour mettre en œuvre cette formation, ils sont très insuffisants si bien qu’elle est généralement annulée parfois dès janvier. Face à un ministre qui a introduit la possibilité d’actions de formation continue obligatoires pendant le temps de vacances, le SNUipp-FSU rappelle que celle-ci doit se faire sur le temps de service et que le ministère doit créer les moyens en remplacement nécessaire pour qu’elle puisse se dérouler sans nuire à la continuité du service public d’éducation.

Par ses méthodes autoritaires et brutales, injonctions pédagogiques, évaluations, contrôle des pratiques, JM Blanquer nie la professionnalité des personnels dans les écoles et heurte les valeurs qui nous ont fait choisir le métier d’enseignant-e.

C’est aussi cela, Mme la Directrice Académique, qui est source de perte de sens du métier et qui crée de la souffrance chez les collègues comme ils et elles sont venu-es le dire devant le rectorat lors de la grève du 3 octobre suite au suicide de Christine Renon, enseignante et directrice d’école. Mais le ministre n’a pas compris qu’on ne changerait pas l’école sans l’adhésion des enseignant-es, qui devraient être considéré-es par l’institution comme des conceptrices et des concepteurs de leur travail, et en aucun cas comme des exécutant-es, sous peine de renoncer à l’objectif de réussite de nos élèves.

Formation initiale

Les premiers retours suite à nos rencontres avec les stagiaires à l’INSPE et aux premières remontées d’enquêtes, cela ne vous surprendra pas, sont de la même veine que ceux des années précédentes. Ce sont ceux d’une formation initiale qui utilise les PES comme moyens d’enseignement et avec seulement 250h de cours pour appréhender la complexité de tous les aspects de notre métier. Tout ceci ramassé sur une année….

Surcharge de travail et PES qui se sentent débordé.es, insuffisamment préparé.es, stressé.e.s … Ce sont ceux de stagiaires qui subissent les conséquences d’une entrée brutale dans le métier comme nous le dénonçons inlassablement ces dernières années.

La réforme de la formation initiale ne répondra en rien aux enjeux de l’entrée dans le métier... bien au contraire : resserrement sur les fondamentaux, mise sous tutelle des INSPE, prérecrutement dès la L2 ; modification de l’architecture de formation…Cela s’inscrit bien dans la volonté de contractualisation et de déprofessionnalisation du métier : « l’efficacité » immédiate sur le terrain à tout prix niant le principe qu’enseigner s’apprend par une formation universitaire et professionnelle ambitieuse …

Evidemment cela dépend des ambitions que l’on a pour l’Ecole, pour la réussite de toutes et tous, pour la santé et le bien être au travail de l’ensemble des collègues et particulièrement de celles et ceux qui débutent… Dans le département, cette année les modalités d’alternance ont changé : passant d’un mi-temps hebdomadaire à une alternance 2S/2S.

Nous avons eu de cesse, depuis la mise en place du concours rénové, de dénoncer l’alternance hebdomadaire qui ballotait les stagiaires entre charge de la classe et commandes de l’ESPE… entraînant difficultés et grande souffrance parfois . Comme nous l’avons toujours dit ce ne sont pas les modalités d’alternance les responsables de l’échec de la formation initiale depuis le concours rénové, mais bien l’architecture même de formation.

Dans ce cadre contraint, ce changement d’alternance pouvait, selon nous, (en nous appuyant sur les retours d’autres départements et sur le point de vue des stagiaires des promotions passées) « être un choix moins pire » Cela, à certaines conditions :

- Une attention particulière sur les écoles et les équipes accueillant des PES

  • une consultation ( et aussi une information, parfois inexistante !) des écoles avant implantation du poste berceau
  • un temps institutionnel en fin d’année afin de penser accueil et accompagnement
  • un temps de décharge en début d’année ( TR) pour aider notamment sur le côté « administratif et fonctionnement de l’école »
  • chaque année, un requestionnement de la pertinence du poste berceau

- Une attention particulière pour les PES,

  • des temps de tuilages supplémentaires pour les binômes de stagiaires
  • des aides pédagogiques de mise en route
  • Un accompagnement renforcé de l’équipe de circonscription dans l’accompagnement des PES

Un bilan devra être établi en fin d’année, mais nous pouvons d’ores et déjà avoir un premier retours de la rentrée et de la première, et c’est le sens de la présence d’un PES aujourd’hui.


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